lundi 5 juin 2017

A propos du porc de Bourdeaux


 Le porc de Bourdeaux est une race ancienne rhône-alpine qui doit son nom à la petite ville de Bourdeaux, dans la Drôme, au pied du Vercors. Elle est maintenant entièrement éteinte.

Selon une source autorisée, plusieurs truies survivantes de cette race (mais pas de verrat) ont servi à la reconstruction du porc gascon il y a une trentaine d’années. 

Cette race locale du sud-ouest, alors en voie de disparition elle aussi, a été sauvée par un programme de sauvegarde lancé par l’Institut Technique du Porc, l'INRA de Toulouse et le LIGERAL. 

Elle a été reconstituée à partir  d’une souche d'une dizaine de familles de porcs gascons et de quelques truies de race Bourdeaux qui subsistaient.

Le porc de Bourdeaux, quoique très noir, est de souche celtique et a ainsi contribué à améliorer la charpente du porc gascon, de souche ibérique de plus petite conformation.

Le porc de Bourdeaux était de hauteur à l’épaule plus élevé (1m environ contrer 0,7 pour le gascon) plus long et plus lourd, caractère d’amélioration favorable pour la relance du porc gascon.

En outre, le porc de Bourdeaux avait des oreilles tombantes devant les yeux (caractéristique celtique). Les porcs gascons sélectionnés pour la reconstitution avaient pour certain les oreilles plutôt dressées. L’introduction de porc de Bourdeaux devait donc aussi servir à améliorer la position des oreilles pour obtenir  l’aspect « casquette » qui caractérise le gascon.

Selon nos sources, si l’on veut relancer une variante de porcs gascons se rapprochant de la souche « Bourdeaux », il est nécessaire de sélectionner parmi les porcs gascons présents actuellement dans les élevages :
-          Les plus grands, long, lourds
-          Les plus noirs
-          Ceux qui ont un nez retroussé, court ou aplati
-          Ceux qui ont les oreilles tombantes.

Il serait possible, à terme, de réintroduire dans les lignées « gascon tendance Bourdeaux », des souches « Blanc de l’Ouest », qui renforceraient le caractère celtique...
Et reconstruire ainsi des lignées de porcs proches de l'ancien "porc de Bourdeaux", ou porc du Dauphiné.

A suivre…..


Antoine Marzio

mardi 4 avril 2017

La filière porcine espagnole segmente par le haut… et attaque le marché français.



Un très intéressant article paru dans la revue Linéaire de janvier 2017 a pour objet l’introduction sur le marché français du fameux porc espagnol de race « Iberico »[1].

Plusieurs aspects de cette démarche sont particulièrement intéressants et devraient inspirer les éleveurs français.

Si la charcuterie espagnole de « pata negra » est réputée dans le monde entier, elle ne représente qu’un faible volume à l’export, vu surtout son prix prohibitif, résultat de contraintes d’élevage et d’élaboration draconiennes : races iberico pure, élevage en air extensif, finition aux glands (bellota), âge d’abattage élevé, suivi d’une maturation des jambons d’au moins 24 mois, etc….

Les éleveurs et salaisonniers espagnols, afin de rendre leur production un peu plus accessible en prix, ont décliné plusieurs segments à partir de la race pure Iberico. D’une part en croisant cette race avec du Duroc (en verrat terminal), d’autre part en assurant une partie de l’élevage en bâtiments. Ces porcs ne sont pas finis aux glands mais aux céréales et aux extraits d’huile d’olive et abattus à plus de 10 mois. Le tout sous la dénomination de « iberico cebo de campo » ou aussi « legato iberico ».

Tout confondu, ces porcs iberico représentent environ 10% du cheptel espagnol (2,9 millions de têtes en 2013, en augmentation régulière.)

Par ailleurs, ils ont aussi développé les ventes en viandes fraîches, avec des découpes « à l’espagnole » : pluma, lomos, presa, secreto, etc…

Ces produits, généralement conditionnés sous vide en portion consommateur LS ou muscle pour les revendeurs à la découpe, commencent à être introduits sur le marché français, en grande distribution (Carrefour et Leclerc en particulier) et chez des grossistes de Rungis.

J’ai acheté une barquette de « pluma nature » (équivalent de la grillade)  de porc Iberico, sous la marque « Delicadezas Ibéricas » dans mon magasin Carrefour habituel au prix de 29,90 € le kg et une autre de Lomo (filet)  nature à celui de 25,90 € le kg., soit plus de deux fois plus cher environ que l’équivalent en porc français Fermier Label Rouge. La viande, avec son gras intramusculaire, est très savoureuse, fondante et typée (ce qui se constate davantage dans la pluma que dans le lomo, moins gras).

Selon l’article, un revendeur de Rungis, Avigros, déclare en vendre en muscles entier entre 800 kg et 1 tonne par semaine à des restaurateurs et bouchers, mais aussi à quelques grandes surfaces, entre 15 et 20 € le kg selon les pièces.

Les conditions pour que ce marché prospère : la typicité, la qualité et la régularité.

A ma connaissance, il n’y a pas d’offre équivalente dans la production française, capable de fournir régulièrement des réseaux de distribution déjà existants et demandeurs.

La « niche » serait-elle trop petite ?





[1] « Zoom sur le porc ibérique », de Frédéric Carluer-Lossouarn, Linéaire n°331 de janvier 2017, pages 138 et suivantes.

mercredi 1 mars 2017

Promenade porcine au SIRHA.


 Je me suis rendu au SIRHA de Lyon regarder l’offre porcine sous toutes ses formes.

Le constat général est que l’offre française de produits transformés ne place jamais en avant la qualité de la matière première, l'origine et la qualité des animaux, leurs conditions d’élevage, à l’exception notable  de deux exposants, l’un  offrant des  salaisons corses élaborées à partir de porc Nustrale et  l’autre du Noir de Bigore, avec du porc Gascon, autour desquels du reste de nombreux acheteurs avaient l’air de se presser.

Les autres exposants, souvent  issus de régions de vieille  tradition charcutière et salaisonnière,  mettent l'accent sur  leur savoir- faire traditionnel, leur caractère artisanal, familial, etc… pour des produits au demeurant corrects mais assez banaux. 

A la question : d’où proviennent vos animaux ? les réponses sont variables, de porc  français à porc européen, très rarement de porc local (et pour cause, il est en grave déficit de production partout sauf dans l’ouest), et toujours de porcs de races standards, généralement achetés en muscles et non en carcasse entière.

Les producteurs italiens, et surtout espagnols, sont plus clairs dans leurs explications.

jeudi 5 janvier 2017

Bonne Année !

Ouf !

L'année porcine 2016, qui avait très mal commencé, se termine non pas dans l'euphorie mais avec un soulagement certain. 

La forte demande chinoise constatée à partir du printemps a assaini le marché intérieur européen et fait remonter les cours à un niveau satisfaisant, avec 1,395 € en moyenne au second semestre au MPB, avec un coût de l'aliment qui reste assez stable.

Si tout le monde porcin peut s'en féliciter il est toutefois nécessaire de rester prudent.

Si les importations chinoises paraissent vraisemblablement pérennes sur un futur proche, la concurrence est rude, avec la remontée en puissance de l’exportation américaine, portée par une augmentation importante de leur capacité de production performante.

Les exportations de l’UE sont en grande partie assurées par les trois pays du nord, Allemagne, Danemark et Pays Bas, et surtout par l’Espagne, particulièrement dynamique. Les exportations française, en augmentation, restent toutefois à un modeste cinquième rang, avec 7 % de l'ensemble.

L'Espagne est le seul pays à avoir notablement augmenté sa production en 2016 (de 194 000 tonnes sur 10 mois), cette augmentation est inférieure à celle de ses exportations ( 229 000 tonnes sur la même période).
Heureusement pour les éleveurs français qui ont vu la concurrence espagnole diminuer sur leur marché, leur apportant ainsi un peu d’air.

L’impression qui en ressort est que la filière française est encore et toujours à la remorque des autres gros opérateurs européens et ne maîtrise pas réellement son destin.

Ce qui est positif, c’est que ses dirigeants en sont maintenant complètement conscients, et surtout qu’ils l’expriment.
Il ne se passe plus un mois sans que l’un ou l’autre parle de monter en gamme, de segmenter le marché, de prendre sérieusement en compte les attentes sociétales sur l’environnement et le bien-être animal, de répondre aux demandes non assurées de viandes bio, etc….
Il se passera sans doute encore quelques temps avant que cela ne se traduise dans l’activité réelle et dans les objectifs des groupements, mais l’évolution est intéressante et à encourager.



Bonne Année 2017 !

vendredi 4 novembre 2016

L'avenir de la production porcine française est-il dans l'exportation ?



Une rapide analyse des flux entre les principaux producteurs et consommateurs mondiaux de viande de porc fait ressortir une relative adéquation entre la production et la consommation au niveau des grands groupes de pays:
La Chine d'un côté, l'UE prise dans son ensemble, l'Alena (USA et le Canada), la Russie, l'Amérique du sud (Brésil, Chili, Argentine).

La Chine, premier importateur mondial, importe  moins de 4 millions de tonnes (TEC) pour une production propre de 54 millions de tonnes.(2014)
L’UE à 28 exporte moins de 3,3 millions de tonnes pour une production propre de 22 millions de tonnes (2015), et l’Alena exporte 2 millions de tonnes pour une production de 14 millions de tonnes.( Sources IFIP, Le porc par les chiffres )

Cela  caractérise la relative modestie des échanges intercontinentaux qui ne concernent en fait que 6% de la production et de la consommation mondiale.

Quand il n'est pas un objectif, comme en Russie, l’auto approvisionnement est la règle générale, au moins au niveau des grands ensembles mondiaux.
Les grands marchés sont donc essentiellement intra-régionaux  mais sous influence certaine de l’activité des échanges intercontinentaux, qui peuvent présenter parfois des effets déstabilisants, parfois aussi des effets régulateurs.
Cela a été le cas au second trimestre 2016 et encore maintenant ou la forte demande la Chine a permis de désengorger un marché européen déséquilibré par la fermeture du marché russe et ainsi de rétablir des cours plus rémunérateurs pour les éleveurs.

Mais la stabilité de ces échanges intercontinentaux est loin d'être assurée, la concurrence vive, surtout avec l'Alena) et le retour destabilisateur sur le marché intérieur de chaque groupe de pays probable, à défaut d'être prévisible.

Par ailleurs, le dynamisme de l'activité export européenne pays tiers (hors-UE), donc de 3,3 millions de tonnes en 2015, est essentiellement porté par l'Allemagne (22%), le Danemark (15%), l'Espagne (13%) et les Pays Bas (10%), la France, toujours 3ème producteur européen, ne contribue que pour 6%. L'activité sur l'année 2016 s'annonce en forte progression pour tout le monde, grâce surtout à la demande chinoise, mais le classement sera sans doute identique.

Le premier objectif pour la filière porcine française doit surtout être de reconquérir son marché intérieur.

mardi 20 septembre 2016

Un été bien silencieux


Depuis le milieu du printemps la filière porcine est bien silencieuse. Ce qui change des manifestations violentes et déclarations enflammées du début de l’année, des Bonnets Roses et des invectives entre représentants des éleveurs et ceux des industriels, de la grande distribution et du gouvernement.

Chacun y allait alors de sa déclaration, de sa solution, préconisant qui la massification de l’offre, qui la réforme du marché du porc breton, qui la mise en avant du porc français, qui la baisse des charges tout en sauvegardant le modèle social français ( ?), qui l’étiquetage obligatoire, etc…. il suffit de consulter la presse professionnelle de cette époque pour retrouver le florilège de propositions diverses, souvent contradictoires et démagogiques.

Il est vrai que l’amont de la profession, les éleveurs, étaient aux abois avec un cours au MPB désespérément très bas et des animaux de plus en plus lourds dans les élevages, et des industriels qui ne se portaient dans l’ensemble pas beaucoup mieux, sur un marché en profond déséquilibre offre/demande, une agressivité espagnole portant autant sur les quantités que sur les prix, la concurrence des abattoirs et transformateurs allemands, etc…

Que c’est- il donc passé ?

C'est bien une forte demande asiatique, surtout chinoise, qui a permis d'éponger le marché européen de ses excédents et, ipso-facto, fait remonté les cours dans tous les pays, jusqu’à un niveau qui n’avait pas été atteint depuis plus de deux ans. Ce lundi 19 septembre, le cours TMP 56 était de 1, 528 € le kg/carcasse, soit plus de 1,75 € payé à l’éleveur, avec un poids moyen de carcasse de 93,1 kg, soit 700 grammes de moins que l’année dernière à même date, selon le directeur du MPB.

Souvent les cours recommencent à descendre à la fin de l’été, jusqu’à la fin de l’année. Ce n’est pas le cas cette année, du moins pour l’instant, et la demande asiatique semble ferme.

Cette embellie est vraiment la bienvenue et va sans doute permettre à nombre d’éleveurs de souffler un peu. Mais sans vouloir faire le rabat-joie, cette amélioration n’est pas venue de la mise en place des mesures demandées au paroxysme de la crise (à l’exception peut-être de la mise en avant du porc français), mais d’une demande à l’exportation qui ressemble plus à une aubaine qu’à une action construite sur le long terme.

Remarquons d’abord que ce sont les espagnols et les allemands qui ont été à l’offensive sur le marché asiatique pendant que les français s’étripaient entre eux. Cela se voit aux résultats :
Si la France a augmenté de 200% ses exportations de viandes de porc fraîches et congelées vers la Chine entre janvier et juin 2016 par rapport à 2015, le tonnage n’est que de 43 000 tonnes contre 153 000 tonnes pour l’Allemagne, 135 000 pour l’Espagne, 83 000 pour le Danemark et 51 000 pour les Pays Bas.

La France souffre encore d’une baisse régulière de production alors que l’Espagne augmente la sienne, ce qui a du reste contribué à alimenter le déséquilibre du marché ces deux dernières années (depuis la fermeture du marché russe).

La remontée des cours est donc surtout imputable au dynamisme de nos principaux concurrents européens.

Les questions soulevées avant cette embellie concernant la structure et la compétitivité de la filière, la largeur et la qualité de l’offre, la performance des abattoirs, etc…. sont toujours devant nous.

Un exemple : dans une interview donnée au magazine Linéaire de septembre 2016, Robert Velut, président de la FICT (les industriels de la charcuterie), soulignait qu’il y avait une demande pour 60 000 tonnes de charcuterie bio alors qu’on ne trouve que 10 000 tonnes de viandes bio en France….

Espérons que les chinois nous laisseront assez de temps pour améliorer notre offre et reconquérir notre marché intérieur de plus en plus déficitaire avant qu’eux même ne changent d’avis et diminuent leur demande !

mardi 8 mars 2016

La filière porcine française a-t-elle un avenir ?

Voici la conclusion du livre "La filière porcine en France, le porc français a t-il un avenir", paru en juin 2013 aux éditions de l'Harmattan.
Toujours d'actualité...


La filière porcine française a-t-elle un avenir ?

La filière conventionnelle, qui représente plus de 95 % de l’activité, est en récession depuis plusieurs années et les conditions d’un retour à la croissance sont loin d’être réunies, ni même imaginées.
Le modèle économique sur lequel elle repose au niveau de l’élevage, est devenu monopoliste, pour ne pas dire totalitaire, et trop fortement « bretagno-centré ». Il a atteint ses limites, limites environnementales et limites de compétitivité.

L’avenir le plus vraisemblable parait résider dans la concentration de l’activité d’élevage intensif autour d’un nombre limité d’établissements de grandes dimensions, techniquement et économiquement performants, comparables à leurs principaux concurrents européens. Ils seront construits selon des normes permettant de garantir à la fois le « bien-être animal » défini réglementairement au niveau européen et le traitement efficace des effluents, ce qui mobilisera d’importants capitaux et moyens humains. Cela conduira à la disparition ou à la reconversion de nombreux élevages et sans doute à une diminution assez sensible des volumes de production.

Si cette évolution permet de redonner une certaine compétitivité à la filière d’élevage française face à ses principaux concurrents actuels, elle ne la fera pas sortir pour autant de l’étau économique dans lequel elle se trouve enserrée, constitué par les deux marchés globalisés, celui des aliments et celui des carcasses sur lesquels personne n’a plus aucune prise.

Cela n’améliorera pas non plus la situation des grands abattoirs, essentiellement bretons, qui verront de toute façon de moins en moins d’animaux arriver à leurs portes.

Les industries de transformation continueront à acheter leurs matières premières aux plus offrants, qu’ils soient bretons, danois, espagnols, roumains, et, pourquoi pas bientôt, canadiens ou américains. Ils seront cependant toujours tributaires des prix de la carcasse ou du muscle, fixés selon des cours de plus en plus mondialisés… Et ils devront toujours négocier les prix de vente à la grande distribution en valorisant si possible la qualité et l’originalité de leur transformation ainsi que la notoriété de leur marque, sur un marché final en régression….

Un point parait certain : ce n’est pas sur ces bases que ce secteur d’activité retrouvera de la croissance.

Les dirigeants professionnels actuels, obnubilés par les difficultés multiples que rencontre leur filière à presque tous les niveaux, prisonniers de leur base paupérisée, coincés dans des organisations diverses, complexes et rigides, ne sont pas en mesure de formuler des axes de développement stratégique cohérents, quand bien même ils laissent parfois en entrevoir la nécessité. Les seules réponses qui recueillent l’unanimité de la profession sont peu productives et souvent démagogiques : moins de contraintes (à l’agrandissement, environnemental, etc.), plus d’aides publiques, plus de protectionnisme, moins de pression de la grande distribution, etc..
Le productivisme à tout crin, prôné encore maintenant avec entrain par ces mêmes personnes, a trouvé là ses limites.

Les pouvoirs publics, de plus en plus sollicités, ne doivent pas limiter leur action à garder sous perfusion cette filière très mal en point.
Certes, le sort à court terme de dizaines de milliers d’emplois dans l’ouest de la France et, de façon plus diffuse, dans le reste du pays, ne peut les laisser indifférents. Il s’agit donc d’aider à la modernisation et à la montée en puissance des élevages qui en sont capables techniquement et financièrement et accompagner la reconversion ou l’abandon d’activité des autres, probablement, en nombre, une grande majorité.

Mais ils doivent aussi être persuadés que la production et la transformation porcine peut constituer un important levier de croissance futur, surtout dans des zones rurales actuellement en voie avancée de désertification et situées souvent à proximité d’activités charcutières et salaisonnières encore actives et réputées.
L’innovation, la segmentation de l’offre et la montée en gamme constituent le triptyque classique de toute action de relance stratégique d’une entreprise ou d’un secteur d’activité, permettant de mieux valoriser la production et de conquérir de nouveaux consommateurs.

Nous avons vu que le cœur de la filière, le point central sur lequel converge l’amont et l’aval, est ce fameux porc charcutier de 90 kg de TMP 60 qui est en train de devenir un standard mondial après avoir été le standard américain et européen.

Sortir de ce standard et son carcan doit être le point de départ d’une réflexion d’ensemble sur l’avenir du secteur. Il faut abandonner l’objectif prioritaire d’une amélioration régulière de la productivité industrielle. Il ne s’agit pas non plus de travailler à des adaptations à la marge de schémas industriels productivistes pour leur donner un verni de naturel que l’on pourrait plus ou moins facilement valoriser auprès du consommateur.
Il s’agit de créer un porc de rupture en réhabilitant et assurant la promotion de races typiques et de techniques d’élevage durables dans le cadre d’une véritable « politique industrielle porcine », qui doit être déclinée régionalement et même localement.

Les objectifs de cette politique doivent être en priorité :
- La montée en gamme, la segmentation des produits d’élevage porcin, la promotion des pratiques d’élevage durables.
- Le redéploiement géographique des activités d’élevage et d’abattage en liant terroirs et diversités de pratique. Cela demandera probablement une redéfinition de la politique foncière rurale, vaste sujet qui dépasse largement notre propos.
- La réorientation vers ces pratiques de moyens financiers publics et privés sur la recherche, le développement, la formation et l’investissement, en s’appuyant sur les structures existantes : écoles vétérinaires et d’agriculture, lycées agricoles, centre de sélection animale, organismes publics de recherche (INRA), etc..
- L’aide à la structuration de filières courtes locales et intégrées, sous formes coopératives ou capitalistiques.
- Le soutien à une animation économique active qui pourrait être portée par les Régions et par les Chambres d’Agriculture dans le cadre d’accords contractuels non exclusifs, mais aussi directement par les pays et autres structures de développement local.

Ces objectifs ne pourront être atteints qu’en créant régionalement d’autres filières que la filière conventionnelle, qui devront être « bouclées » depuis la production de l’aliment jusqu’à l’assiette du consommateur en excluant les "passagers clandestins" à tous les niveaux.
Une telle politique, qui a été écartée depuis des décennies autant par la profession que par les pouvoirs publics, ne produira pas de résultats rapidement et ne constitue donc pas une alternative à court ni même à moyen terme aux difficultés criantes avec laquelle la filière d’élevage actuelle est aux prises.

La qualité, la typicité, le lien au terroir, l’authenticité, le respect de l’environnement, la visibilité de l’activité doivent redevenir l’enjeu futur de l’élevage porcin et de la transformation bouchère et charcutière, un enjeu de croissance par la qualité, par la montée en gamme.

Cet enjeu n’est pas uniquement national, il est la base de la reconquête de marchés d’exportation en valorisant le « made in France » pour des produits de haute qualité gustative, sanitaire et environnementale !

Mars 2013