Quel est l'avenir de la filière porcine française ? Ce blog parle de cochons, de porcs, de races porcines, d'élevages,de transformations bouchères et charcutières, des réseaux de distribution des produits porcins et de leurs différents modes de consommation. D'aujourd'hui, mais surtout de demain ! Il s'adresse à tous les amateurs de cochons,de "bons cochons", de cochons issus d'élevages durables, respectueux de l'environnement. Ils sont invités à donner leur avis et à débattre !
vendredi 21 août 2015
Pourquoi le cours du porc n’a aucune chance de se maintenir à 1,40 €.
Le maintien du cours du porc à 1,4 € au marché du porc breton (MPB) de Plérin est devenu ces derniers jours une sorte de totem auquel se raccrochent les différents acteurs de la crise porcine de cet été.
Or il y a toute probabilité que ce cours baisse rapidement, et de façon durable.
En outre, ce cours est surtout un indicateur qui permet de fixer au niveau national le prix d’une majorité de transactions concernant le porc frais. Il n’est pas contraignant et des transactions hors cours du MPB sont assez fréquentes. Il cache surtout d’importantes disparités entre les élevages.
La disparité de rentabilité des élevages
Le cours de la carcasse au Marché du Porc Breton (MPB) correspond par convention à une carcasse de porc d’un poids compris entre 80 et 85 kg et d’un TMP 56.
Le TMP est un indice calculé pour chaque carcasse à l’abattoir et correspondant, pour faire simple, au taux de gras par rapport aux muscles. Plus le TMP est élevé, moins la carcasse est grasse, résultat souhaité.
Les lots présentés n’étant que très rarement homogènes, un système de classement attribue primes ou pénalités à chaque carcasse. Ainsi, une carcasse d’un poids compris entre 85 et 97 kg se verra attribuer une prime de 2 ct/kg et surtout une prime de 17 ct/kg si son TMP est compris entre 61 et 63, soit au total un prix de vente de 1,59 € pour un cours de 1,40 €.
A l’inverse, une carcasse de 74 kg avec un TMP de 51 (très grasse) sera payée à l’éleveur 1,05€/kg.
Les éleveurs cherchent donc tous à présenter des animaux s’approchant le plus des standards primés, carcasse d’environ 90 kg de TMP 62.
C’est la raison pour laquelle le prix réel payé à l’éleveur est en moyenne de plus de 10 ct d’euro supérieur au cours du cadran, avec cependant de fortes disparités selon la technicité des éleveurs.
Cela ne signifie pas pour autant que les éleveurs disposent ainsi de sur-revenus mais cela explique en partie les écarts de rentabilité et le fait que certains s’en sortent et d’autres non.
La variation saisonnière des cours
Les mois d’été sont régulièrement les mois où les cours sont au plus haut (voir graphique ci-dessous), liés à une demande soutenue de produits à griller.
Même si les cours de cette année sont restés bien en deçà des années précédentes, il est certains qu’ils reprendront une pente descendante dans les prochaines semaines.
Un marché mondial saturé.
La fermeture brutale du marché russe au début 2014, sous des prétextes sanitaires au départ mais qui se sont avérés rapidement pour des raisons politiques a déstabilisé le marché européen, la Russie étant alors la principale destination d’exportation des porcs allemands, espagnols et, à un niveau moindre danois et français.
Assez rapidement les allemands, danois et espagnols se sont ouvert de nouveaux débouchés en Extrême Orient, au Japon, en Corée, aux Philippines, en Chine, etc… Ils ont en effet profité des graves difficultés rencontrées par les USA et, à niveau moindre, par le Canada, dont les élevages ont été atteints en 2013 et 2014 par une épidémie de diarrhée qui a éliminé des millions de porcelets, conduit à une baisse importante de production et à une envolée des cours (jusqu’à 2,3 US dollar !) qui les ont conduit à être absent de leurs marchés habituels d’Extrême Orient.
Cette épidémie est maintenant en partie jugulée et les éleveurs américains vont chercher à reprendre leurs parts de marché, avec un porc traditionnellement plus compétitif que le porc européen. Ajoutée à une probable contraction du marché chinois, le plus important de la planète, et aux incertitudes du marché russe (où la production locale progresse avec l’aide d’industriels allemands), cela va conduire les exportateurs européens à se replier sur leur marché intérieur.
Ne parlons même pas du projet de traité commercial Europe-USA dont on ne sait pas exactement ce qui s’y négocie….
Selon une étude réalisée en avril par la banque néerlandaise Rabobank (l’équivalent local du Crédit Agricole), et citée par la revue « Réussir Porc » du mois de mai, prix du porc vont baisser dans le monde. Rabobank avait prévu, en avril, la limitation de la hausse saisonnière constatée cet été.
On ne voit dans tout cela apparaitre aucune raison de se réjouir et il semble difficile pour les responsables français de miser sur le maintien durable d’un cours intérieur français ou européen complétement déconnecté des cours mondiaux.
samedi 15 août 2015
La fin programmée d’un modèle économique obsolète.
La filière porcine française (bretonne ?) est entrée ces derniers jours dans une crise aigüe.
Elle n’en sortira ni rapidement ni sans douleur.
Seuls les ignorants ou les cyniques peuvent prétendre qu’ils n’ont pas vu venir cette crise, seuls les hypocrites peuvent prétendre que la faute en incombe aux autres, bien évidemment, selon le cas : le gouvernement, l’Europe, les distributeurs, les industriels, les éleveurs, leurs organisations syndicales et professionnelles, etc….
Que la Cooperl, vaisseau amiral du porc breton, coopérative d’éleveurs (environ 2 700) censée représenter leurs intérêts et qui intervient à tous les niveaux de la filière, de la production d’aliment à la fabrication industrielle de produits élaborés, s’essayant même à la distribution directe, se retrouve sur les mêmes positions que l’entreprise privée Bigard, leader français de la viande, absent des activités d’élevage, cela peut surprendre : compétition européenne (et mondiale) oblige, le prix de la carcasse ne peut être fixé selon eux que par le marché libre, c’est-à-dire depuis plusieurs années largement en dessous de son prix de revient moyen dans l’élevage français, mais en phase cependant avec leurs concurrents espagnols ou allemands. Dans une logique d’abatteur-transformateur et d’exportateur, cette position est justifiée, mais dans celle d’une coopérative d’éleveurs….
Face à cette crise, les mesures annoncées par les pouvoirs publics sont incantatoires (il faut que tout le monde se mette autour de la table et s’entende !) et dérisoires (valorisons le porc français !) et celles proposées par les représentants de la profession largement démagogiques (baissons les « contraintes » sociales et environnementales, les charges fiscales, etc… !).
Cela signifie surtout que plus personne ne sait vraiment quoi faire à court terme, payant ainsi l’inertie et le manque de stratégie globale auxquelles tout le monde a participé, par conformisme, par routine et même par idéologie.
Le drame économique et social qui s’annonce dans l’ouest porcin (en même temps que le laitier, le bovin-viande et même le volailler) est très certainement du même ordre que celui connu dans l’est sidérurgique ces dernières décennies, avec des éleveurs sur endettés et en état de faillite et des outils industriels en sous-capacité et partiellement obsolètes.
Cette situation très grave résulte d’abord de l’absence de choix fait depuis au moins dix ans entre une stratégie de productivité recentrée sur quelques produits standards à bas coûts, (la carcasse de porc de 90 kg TMP 60) qui implique la mise en place d’élevages de grandes dimensions et de forte intensité capitalistique, et une stratégie de produits de haute qualité gustatives et environnementale, porteuse d’images et susceptible, elle, d’être supportée par des exploitations artisanales-familiales, regroupées éventuellement en coopératives ou autour de transformateurs industriels régionaux spécialisés, construisant des filière locales ou régionales.
Vouloir produire du porc industriel, sur une seule région (le grand ouest) pour toute la France, de façon compétitive avec des moyens artisanaux-familiaux sous capitalisés et modestement managés comme l’a prétendu, et le prétend encore, la quasi-totalité des responsables professionnels et en particulier ceux de leur syndicat majoritaire, est devenue une utopie mortelle dans un monde de plus en plus ouvert à la compétition économique.
Les producteurs alternatifs, ceux qui pratiquent le plein air, les races locales à croissance lente et même ceux qui se sont lancé dans l’élevage sous label bio, ont été systématiquement marginalisés et nullement soutenus mis à part quelques initiatives locales ou régionales. Pourtant une part de plus en plus importante du marché potentiel et de la valeur ajoutée qui va avec se trouve très certainement dans ces démarches.
Il est maintenant trop tard pour réagir dans l’urgence , ne serait-ce que pour sauver les meubles
Le renouveau de l’activité porcine en France, qui viendra un jour, se fera autour de deux axes :
- Celui de la compétitivité-prix (coût) avec quelques grandes exploitations naisseurs et naisseurs engraisseurs, très capitalisées, très techniques, pouvant assumer l’ensemble des savoir-faire nécessaires, y compris celui du retraitement des effluents. Ces exploitations seront à même de fournir en porcs standards les méga-abattoirs de l’ouest du pays, qui seront sans aucun doute aussi amenés à baisser leur voilure.
- Celui de la haute qualité gustative et environnementale (HQGE), élevages d’animaux à croissance lente en plein air extensif, nécessairement redéployés géographiquement sur l’ensemble du pays (ce n’est pas l’espace qui manque !), avec une maîtrise locale de la filière, de la fabrication de l’aliment jusqu’aux produits finis en portions consommateurs, autant pour garantir la traçabilité que pour permettre une juste répartition de la valeur ajoutée. Ces filières régionales pourraient donner un second souffle aux industriels locaux de la charcuterie et de la salaison, assoir des AOP et IGP crédibles et représenter à terme une vraie valeur à l’exportation.
Faute d’anticipation, une telle mutation ne se fera pas dans la joie et la bonne humeur.
Si l’on place le curseur, pour un élevage industriel, sur une moyenne (basse) de 800 truies par exploitation, cela conduit à la disparition des neuf-dixièmes des élevages existants, un certain nombre pouvant cependant continuer avec une seule fonction d’engraissement, si possible en complément d’autres activités, comme cela se voit en Espagne, où il n’est pas rare de rencontrer des ateliers naisseurs ultra-moderne de 2 000 à 3 000 truies. Les autres devront se reconvertir, ce qui est plus simple à dire qu’à faire vu l’endettement de bon nombre d’éleveurs et leur spécialisation professionnelle.
Toute mutation de cette importance demande de solides moyens. S’il parait possible, et même souhaitable, de laisser le financement privé investir dans les nouvelles formes d’activités, autant industrielles que HQGE, la collectivité publique devra nécessairement prendre en charge, en majeure partie et selon des procédures à imaginer, le coût de l’abandon et de la reconversion des éleveurs concernés. Cela représentera une charge très importante mais préférable à la distribution en saupoudrage d’aides à la survie qui ne feront que reporter les réelles décisions à plus tard et enfoncer encore la compétitivité de « la ferme française » dans ce secteur.
Pour cela, il faut du courage, de l’imagination et de l’initiative politique, et pas seulement au niveau du gouvernement.
Sur le même sujet, vous pouvez lire ou relire les articles figurant sous l'onglet ci contre "filière porcine conventionnelle (industrielle)"
jeudi 15 mai 2014
A propos du porc en Corse.
La Corse produit une charcuterie d’une qualité reconnue : le prisuttu, le lonzu, la coppa, les figatelli ne laissent indifférents que ceux qui n’y ont jamais gouté.
Il est vrai qu’il est difficile de trouver ces produits en dehors de la Corse et que la plus grande partie de la production charcutière de l’ile prête à confusion si ce n’est à polémique à propos de l’appellation « charcuterie Corse ».
La qualité de la charcuterie corse est liée à deux facteurs :
- un savoir-faire perpétué par des générations de charcutiers-salaisonniers artisanaux, souvent installés en altitude, dans la montagne corse, là où l’air est à la fois pur et d’une hygrométrie stable.
- Une production locale de porcs de souche ibérique, dénommée « nustrale », élevés en liberté dans le maquis et la montagne, à croissance lente, abattus à environ 18 moins en hiver après avoir passé deux saisons en estives. Cette technique d’élevage se rapproche de celles pratiquées par les producteurs des fameux « pata negra ibérico » d’Estramadure et d’Andalousie.
Pour obtenir une véritable charcuterie corse, ces deux facteurs doivent en principe être cumulés: la charcuterie corse doit être confectionnée sur l’ile, selon les méthodes traditionnelles à partir de porcs élevés en Corse et de race Nustrale.
L’ensemble de la charcuterie corse commercialisée, soit environ 12 000 tonnes /an, est loin de correspondre à ces critères de qualité, pour de multiples raisons :
La production de porcs de race nustrale, ou du moins de porcs élevés en corse en liberté, peut être évaluée à environ 25 000 animaux, soit environ 1 500 tonnes de charcuterie. Les chiffres sont imprécis du fait de la dispersion de la production et de la transformation « à la ferme » entre de nombreux éleveurs qui ne sont pas tous organisés. Cela représente environ 10% de la production totale de charcuterie.
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| Porc nustrale en race pure, Alta Roca |
Les charcutiers-salaisonniers, industriels ou plus souvent gros artisans, doivent donc, pour satisfaire la demande, travailler des carcasses ou de la découpe de porcs en provenance de France ou d’Espagne, porcs de races conventionnelles élevés généralement en batterie et abattus à 6 mois. Cela n’est pas répréhensible en soit, et la transformation de ce type de viande par des fabricants corses selon les méthodes traditionnelles donne souvent des produits quand même assez typés.
Les difficultés proviennent essentiellement de l’identification des produits et de leur prix de vente : il est certain que l’imprécision d’étiquetage favorise la tromperie et la concurrence déloyale, au détriment surtout des éleveurs-transformateurs respectant la tradition... et des consommateurs qui ne savent pas ce qu’ils achètent.
Ceci étant posé, les réponses à apporter sont loin d’être simples, autant à concevoir qu’à mettre en œuvre.
D’abord, il faut se mettre d’accord sur la définition de la race Nustrale.
A l’initiative de quelques éleveurs passionnés, une démarche a été entreprise il y a plus de quinze ans qui a fini par déboucher sur sa récente reconnaissance officielle par la section porcine de la commission nationale d’amélioration génétique, sur la base de 25 lignées (mâles) et de 30 familles (femelles). 25 éleveurs-sélectionneurs travaillant en réseau sont chargés de fournir porcelets et reproducteurs. En théorie, la question est donc en voie de résolution. En théorie seulement car plusieurs problèmes sont apparus.
Certains des initiateurs du départ ont récemment quitté le groupement, trouvant que la sélection avait été trop rapide, rendant les lignées présentant des caractères peu stables dans la durée (taille, couleur, etc…).
Par ailleurs de très nombreux éleveurs pratiquants l’élevage traditionnel de plein air ne disposent pas pour l’instant de troupeaux suffisamment homogènes. Il suffit de regarder ceux-ci pour constater encore la présence de souches large- white, duroc ou autres. Cette présence est compréhensible et il est nécessaire de laisser du temps, sans doute une dizaine d’années, pour obtenir des élevages homogènes, si tant est que la volonté persiste.
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| Troupeau en liberté, de races mélangées, Vallée du Golo |
Enfin la maladie des châtaigniers, qui atteint gravement les forêts de l’ile, diminue la ressource alimentaire naturelle des animaux et oblige les éleveurs à acheter à l’extérieur de l’aliment en quantité croissante ce qui obère d’autant les résultats économiques.
Au niveau de la transformation, la situation est aussi complexe.
Une initiative collective a débouché en 2012 sur la reconnaissance de trois AOC concernant le prisuttu (jambon), le lonzu et la coppa sous la domination « charcuterie corse ». Le cahier des charges stipule que, outre la fabrication sur l’ile selon les techniques reconnues, la viande mise en œuvre doit provenir exclusivement de porcs de race nustrale élevés en plein air. De nombreux éleveurs, qui ne disposent pas encore de troupeaux homogènes, ne peuvent donc (ou ne veulent…) pas rentrer dans l’appellation. Ce ne sont pas nécessairement les plus mauvais. Sur 300 éleveurs insulaires, seuls 80 sont entrés dans la démarche AOC.
D’autres, trouvant la démarche trop contraignantes, ou seulement prématurée, se sont réunis autour d’une démarche « Label Rouge », qui aurait pour avantage de permettre la fabrication de charcuterie corse à partir de troupeaux non homogènes.
La difficulté est que l’utilisation de l’appellation « charcuterie corse » est réservée à l’AOC… et que l'obtention d'un Label Rouge est une démarche longue et demande une bonne entente.
Les salaisonniers quant à eux, qui fabriquent essentiellement à partir de porcs industriels élevés sur le continent, ont fait une demande d’IGP « charcuterie corse » qui couvrirait les produits élaborés en Corse à partir de viandes importées.
Bref, tout cela est assez compliqué, sur fond de particularisme et d’individualisme lié aussi aux distances à parcourir pour se rencontrer entre éleveurs, aller à l’abattoir, etc… sur des routes corses !
Cela illustre d’une certaine façon les limites des démarches de qualité avec reconnaissance officielle qui sont difficiles, longues et couteuses à obtenir et à mettre en place et qui s’imposent alors à tout le monde sur des bases souvent assez restreintes et exclusives.
Pourquoi alors ne pas se lancer, seul ou en petit groupe d’éleveurs homogènes et peut être aussi d'un abattoir et de charcutiers-salaisonniers, autour d’une certification privée accompagnée d’une marque commerciale ?
Les points les plus importants, concernant les races de porcs, les conditions d’élevage, d’alimentation, l’âge d’abattage, le mode de transformation traditionnelle, pourraient être garantis par une certification et promus par une marque collective, ce qui constitue une démarche plus rapide et moins couteuse.
Celle-ci permettrait de plus de faire évoluer plus facilement dans le temps les critères de certifications en fonction de l’évolution de l’environnement économique technique et commercial.
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| Sauveur découpe de fines tranches d'un fameux prisuttu |
vendredi 4 avril 2014
La recette du Professeur Dufumier : des porcs en Beauce et des céréales en Bretagne.
Dans son livre paru en 2012, « Famine au Sud et Malbouffe au Nord », Marc Dufumier, Ingénieur agronome, professeur émérite en agriculture comparée à l’Agro Paristech et expert de réputation mondiale en matière de ressources alimentaires, propose de redistribuer aussi bien la production porcine (et les autres activités d’élevage) que celle de céréales entre régions, au lieu et place d’une hyperspécialisation, les unes dans l’élevage, les autres dans les grandes cultures.
Concernant la Beauce, ou encore la Brie ou la Picardie, grenier à blés français, il pose cette question : « Combien de temps ces régions pourront-elles encore maintenir ce déséquilibre écologique qui empêche la fertilisation organique des sols-et donc impose l’usage massif d’engrais de synthèse-, qui voit les nuisibles se multiplier-comme ces pucerons qui prolifèrent depuis que les coccinelles ont été éradiquées- ,qui a supprimé toutes les prairies temporaires et cultures de légumineuses fourragères- ce qui oblige à importer massivement du soja transgénique américain ou brésilien ? Bref, un déséquilibre qui, chaque jour, augmente les coûts de production. »
Et de continuer :
« A l’inverse, la Bretagne ne pourra tenir éternellement sans produire à nouveau des céréales afin que les animaux puissent reposer tranquillement sur des litières : ainsi pourra-t-elle produire de nouveau du fumier et fertiliser naturellement ses sols… sans polluer les nappes phréatiques. »
Pour finir
« Et les producteurs du Béarn, n’auraient- ils pas intérêt à mettre fin à leur monoculture (de maïs) en cultivant, par exemple, des variétés locales de haricots sous ombrage de leur maïs en plein champ comme le font déjà certains agriculteurs pour leur consommation personnelle (de cassoulet, bien sûr…) ? »
Elargissons le propos : l’élevage porcin n’est pas uniquement réservé à la Bretagne comme la culture céréalière à la Beauce ou à la Brie. Pourquoi ne pas réoccuper de larges espaces ruraux de plus en plus abandonnés, dans le Massif Central, le Grand Nord-Est et le Grand Sud-Est (liste non exhaustive mais cela fait déjà de l’espace…) à des activités mixtes : des porcs en engraissement extensif sur des prairies artificielles semées de méteils, alliant céréales et protéagineux. Le rendement ne se calculerait pas en fonction du cours des céréales sur le marché de Chicago ou celui du porc sur le MPB, mais par le prix que le consommateur accepterait de payer pour un produit de qualité qu’il pourrait voir gambader dans les champs…..
Sans doute un rêve….
Concernant la Beauce, ou encore la Brie ou la Picardie, grenier à blés français, il pose cette question : « Combien de temps ces régions pourront-elles encore maintenir ce déséquilibre écologique qui empêche la fertilisation organique des sols-et donc impose l’usage massif d’engrais de synthèse-, qui voit les nuisibles se multiplier-comme ces pucerons qui prolifèrent depuis que les coccinelles ont été éradiquées- ,qui a supprimé toutes les prairies temporaires et cultures de légumineuses fourragères- ce qui oblige à importer massivement du soja transgénique américain ou brésilien ? Bref, un déséquilibre qui, chaque jour, augmente les coûts de production. »
Et de continuer :
« A l’inverse, la Bretagne ne pourra tenir éternellement sans produire à nouveau des céréales afin que les animaux puissent reposer tranquillement sur des litières : ainsi pourra-t-elle produire de nouveau du fumier et fertiliser naturellement ses sols… sans polluer les nappes phréatiques. »
Pour finir
« Et les producteurs du Béarn, n’auraient- ils pas intérêt à mettre fin à leur monoculture (de maïs) en cultivant, par exemple, des variétés locales de haricots sous ombrage de leur maïs en plein champ comme le font déjà certains agriculteurs pour leur consommation personnelle (de cassoulet, bien sûr…) ? »
Elargissons le propos : l’élevage porcin n’est pas uniquement réservé à la Bretagne comme la culture céréalière à la Beauce ou à la Brie. Pourquoi ne pas réoccuper de larges espaces ruraux de plus en plus abandonnés, dans le Massif Central, le Grand Nord-Est et le Grand Sud-Est (liste non exhaustive mais cela fait déjà de l’espace…) à des activités mixtes : des porcs en engraissement extensif sur des prairies artificielles semées de méteils, alliant céréales et protéagineux. Le rendement ne se calculerait pas en fonction du cours des céréales sur le marché de Chicago ou celui du porc sur le MPB, mais par le prix que le consommateur accepterait de payer pour un produit de qualité qu’il pourrait voir gambader dans les champs…..
Sans doute un rêve….
mardi 4 février 2014
Stratégies allemandes
Tönnies Flesch est le plus important abatteur de porcs en Allemagne, et le n°3 européen. Avec 15,3 millions de têtes abattues, il est devancé par le danois Danish Crown (22,4 Mt) et le hollandais Vion (20,9 Mt) (2010) mais laisse loin derrière les deux leaders français Cooperl et Bigard, avec leur 5 Mt chacun.
Tönnies est aussi le premier exportateur européen vers la Chine et la Russie.
Ce qui caractérise Tönnies Flesch, c’est qu’il s’agit d’une société familiale, crée en 1971, installée au sein de la première région productrice de porcs en Allemagne, la Basse Saxe, et le moins possible impliquée dans les activités d’élevage ou d’alimentation animale. Au contraire de la plupart de ses concurrents (à l’exception de Bigard), d’origine coopérative et donc plus ou moins soucieuses des intérêts de ses mandants, éleveurs et cultivateurs, Tönnies pratique une politique pure et dure d’industriel de l’abattage et de la viande.
Aussi est-il intéressant de se pencher sur sa stratégie industrielle… et de s’en inquiéter.
Tönnies est le premier employeur de personnels d’abattoir en Allemagne et celui qui a le plus trainé les pieds pour accepter de pratiquer un salaire minimum (de 8,5 €/heure aux dernières nouvelles, et à partir seulement de 2016), trouvant nettement plus rentable de se faire mettre à disposition par des entreprises spécialisées des travailleurs d’Europe de l’est notoirement sous-payés et dans des conditions de vie précaires, permettant ainsi une concurrencer avec succès les abattoirs français, mais aussi danois, belges, hollandais, etc…
Les achats de porcs de Tönnies pèsent directement sur les cours allemands et plus largement européens. D'autant plus qu'il est souvent pratiqué par les abatteurs allemands un prix d’achat réel inférieur au prix AMI (équivalent allemand du MPB).
Or Tönnies étant très engagé à l’export, ses achats dépendent directement de ces débouchés, qui peuvent eux même être rapidement fermé, comme c’est le cas actuellement avec le Russie, ce qui a conduit ces derniers jours à une baisse des cours européen pendant une période généralement de hausse.
Mais le plus important ne réside pas dans ces pratiques, somme toute assez fréquentes dans le secteur.
Tönnies investi massivement en Russie : Objectif d’un million de porcs produits sur une dizaine de méga-fermes pour alimenter un abattoir de 100 000 tonnes. 8 installations, de 65 000 porcs en moyenne chacune, fonctionnent déjà.
Pour ce faire, il s’est associé avec deux autres sociétés, KTG Agrar, spécialiste de l’exploitation de grande culture (39 000 hectares exploités en Allemagne de l’Est, en Lituanie et récemment en Russie) et RKS, spécialisée dans la production intégrée de porcs dans les nouveaux Länder allemands, avec la probable bénédiction du géant de l’énergie GASPROM.
Selon le site SOCOPAG, qui a publié l’information au mois d’octobre, ces investissements inquiètent les milieux syndicaux agricoles allemands qui y voient, à juste titre, une menace sur leur activité. Tönnies, en s’affranchissant d’une partie de son sourcing allemand (et danois et néerlandais) pour approvisionner le marché russe ne manquera pas de peser sur les cours internes à l’UE.
En outre, la maitrise progressive de méga –installations, installées au milieu de vastes domaines de grandes cultures dans l’est de l’Europe, Pologne, Roumanie, Ukraine, par des opérateurs allemands mais aussi américains (Smithfield, repris par le groupe chinois Shuanghui) et autres ne manquera pas de venir un jour ou l’autre concurrencer les éleveurs ouest européens.
Le modèle économique qui a prévalu jusqu’à aujourd’hui, orienté principalement au bénéfice des éleveurs et des producteurs d’aliment,est à bout de course et risque donc de voler en éclat s’il persiste à vouloir concurrencer des méga-installation industrielle avec des méthodes artisanales.Et on ne voit malheureusement pas pour l'instant ce qui pourait le remplacer, faute de réflexions stratégiques.
Tönnies est aussi le premier exportateur européen vers la Chine et la Russie.
Ce qui caractérise Tönnies Flesch, c’est qu’il s’agit d’une société familiale, crée en 1971, installée au sein de la première région productrice de porcs en Allemagne, la Basse Saxe, et le moins possible impliquée dans les activités d’élevage ou d’alimentation animale. Au contraire de la plupart de ses concurrents (à l’exception de Bigard), d’origine coopérative et donc plus ou moins soucieuses des intérêts de ses mandants, éleveurs et cultivateurs, Tönnies pratique une politique pure et dure d’industriel de l’abattage et de la viande.
Aussi est-il intéressant de se pencher sur sa stratégie industrielle… et de s’en inquiéter.
Tönnies est le premier employeur de personnels d’abattoir en Allemagne et celui qui a le plus trainé les pieds pour accepter de pratiquer un salaire minimum (de 8,5 €/heure aux dernières nouvelles, et à partir seulement de 2016), trouvant nettement plus rentable de se faire mettre à disposition par des entreprises spécialisées des travailleurs d’Europe de l’est notoirement sous-payés et dans des conditions de vie précaires, permettant ainsi une concurrencer avec succès les abattoirs français, mais aussi danois, belges, hollandais, etc…
Les achats de porcs de Tönnies pèsent directement sur les cours allemands et plus largement européens. D'autant plus qu'il est souvent pratiqué par les abatteurs allemands un prix d’achat réel inférieur au prix AMI (équivalent allemand du MPB).
Or Tönnies étant très engagé à l’export, ses achats dépendent directement de ces débouchés, qui peuvent eux même être rapidement fermé, comme c’est le cas actuellement avec le Russie, ce qui a conduit ces derniers jours à une baisse des cours européen pendant une période généralement de hausse.
Mais le plus important ne réside pas dans ces pratiques, somme toute assez fréquentes dans le secteur.
Tönnies investi massivement en Russie : Objectif d’un million de porcs produits sur une dizaine de méga-fermes pour alimenter un abattoir de 100 000 tonnes. 8 installations, de 65 000 porcs en moyenne chacune, fonctionnent déjà.
Pour ce faire, il s’est associé avec deux autres sociétés, KTG Agrar, spécialiste de l’exploitation de grande culture (39 000 hectares exploités en Allemagne de l’Est, en Lituanie et récemment en Russie) et RKS, spécialisée dans la production intégrée de porcs dans les nouveaux Länder allemands, avec la probable bénédiction du géant de l’énergie GASPROM.
Selon le site SOCOPAG, qui a publié l’information au mois d’octobre, ces investissements inquiètent les milieux syndicaux agricoles allemands qui y voient, à juste titre, une menace sur leur activité. Tönnies, en s’affranchissant d’une partie de son sourcing allemand (et danois et néerlandais) pour approvisionner le marché russe ne manquera pas de peser sur les cours internes à l’UE.
En outre, la maitrise progressive de méga –installations, installées au milieu de vastes domaines de grandes cultures dans l’est de l’Europe, Pologne, Roumanie, Ukraine, par des opérateurs allemands mais aussi américains (Smithfield, repris par le groupe chinois Shuanghui) et autres ne manquera pas de venir un jour ou l’autre concurrencer les éleveurs ouest européens.
Le modèle économique qui a prévalu jusqu’à aujourd’hui, orienté principalement au bénéfice des éleveurs et des producteurs d’aliment,est à bout de course et risque donc de voler en éclat s’il persiste à vouloir concurrencer des méga-installation industrielle avec des méthodes artisanales.Et on ne voit malheureusement pas pour l'instant ce qui pourait le remplacer, faute de réflexions stratégiques.
jeudi 5 décembre 2013
A propos du Plan Agricole pour l'Avenir de la Bretagne
Le « Plan Agricole et Agroalimentaire pour l’Avenir de
la Bretagne » vient d’être publié (site "Le Monde" du 5 décembre) et appelle d’ores et déjà quelques remarques concernant la filière
porcine.
L’analyse de la situation actuelle de la Bretagne agricole
et agro-alimentaire est résumée au moyen d’une matrice SWOT (pages 45 et 46), qui
a pour principale caractéristique de ressembler au catalogue de la Redoute :
on y trouve de tout, pour faire plaisir sans doute à tout le monde !
Pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’utilisation d’une matrice
SWOT, rappelons qu’il s’agit d’une méthode managériale d’analyse stratégique d’une
situation donnée qui consiste à rassembler sur un tableau des éléments,
classés par ordre d’importance dans quatre cases : Forces, Faiblesses, Opportunités et Menaces (Strengths, Weakenesses, Opportunities, Threats).
Le tout pour aider à la prise de décision.
La liste figurant dans chaque case ne doit pas compter trop d'éléments, sous peine de ne pas être véritablement la
"synthèse" opérationnelle attendue. En général la liste comprend 3 à
5 éléments. Au-delà de 7 éléments, on doit s'interroger sur le caractère nécessaire
de cette prolixité...
Or la matrice présentée ici comporte 18 éléments de Forces, 17 de Faiblesses,
14 d’Opportunités et 20 de Menaces (hou la la !), ce qui vaudrait une note
inférieure à 5/20 à tout étudiant présentant un tel document !
Plus sérieusement, certains éléments avancés sont
à prendre en considération, même s’il parait nécessaire d’en souligner
quelques contradictions, ne serait-ce que pour les lever.
Ce document fait apparaître (p.41) la faiblesse relative de
la valeur ajoutée par les IAA bretonnes,
de l’ordre de 16% contre 20% dans l’ensemble de la France, ce qui illustre l’orientation
« production de masse » du secteur, régulièrement soulignée par de
nombreux observateurs ces derniers temps.
Or il n’existe que deux façons d’augmenter la valeur ajoutée
dans une activité productive : obtenir des gains de productivité à prix de
vente constant ou bien monter en gamme (par la qualité, la notoriété, la rareté
relative, etc…) et justifier ainsi une
augmentation substantielle du prix de vente non entièrement répercutée sur le
prix de revient.
Ce raisonnement peut aussi être tenu plus en amont, au
niveau de l’élevage. Et c’est là que le plan contient visiblement quelques
contradictions.
L’élevage porcin breton (il n’est pas le seul, mais c’est
ici l’objet du rapport) souffre d’un
manque évident d’investissements et d’un problème de structure des élevages.
Plusieurs études publiées par l’IFIP (dépendant directement
de l’interprofession de l’élevage porcin), montrent que le seuil minimum de
rentabilité pour un élevage de naisseur engraisseur de situe vers 250 truies,
taille atteinte pour l’instant que par moins de 20% des exploitations et
préconise l’évolution vers des maternités plus importantes ( de 500 à 1000
truies) , à l’instar des danois et hollandais, leaders en ce domaine.
Rappelons que le même IFIP évaluait aussi en 2011 entre 2,4
et 2,7 milliards d’euros les
investissements nécessaires à la mise à niveau des élevages porcins français
(soit, en proportion, environ 1,7 milliards pour la seule Bretagne).
Rappelons enfin que
les dirigeants professionnels ont annoncé en mars 2013 (Michel Bloc’h,
Président de lUGPVB, dans Réussir Porc n°202) que sous condition de « libérer les
énergies » (ce qu’ils sont en train d’obtenir, au grand dam des défenseurs
de l’environnement…), ils évaluaient à environ 524 millions d’euros les
investissements qui pouvaient être consentis par la profession sans appel à
subventions extérieures
A mettre en face des 15 millions d’euros annoncés dans le plan….
Pour résumer, s’il s’agit d’augmenter la productivité, il
est nécessaire de pousser au développement de la taille des élevages en différenciant
les naisseurs des engraisseurs. Ce qui signifie aussi la disparition totale ou
partielle de plusieurs milliers d’élevages et la concentration des
investissements nécessaires sur un ou deux milliers d’élevages de grandes
dimensions, performants et pouvant alimenter la filière de transformation.
La montée en gamme, par contre, est tout à fait compatible
avec des structures d’exploitations de taille moyenne ou petite. Le document souligne la grande faiblesse des productions sous labels de qualité, AOP, IGP,
Label Rouge, bio, etc ?
Eh bien pourquoi, par exemple, ne pas promouvoir la réintroduction du Porc Blanc de l’Ouest en
élevage extensif, avec une alimentation de production locale, dans le but d’obtenir
à terme une AOP et de développer une filière de transformation locale ? Encore
faudrait-il là aussi libérer les
énergies et dégager des moyens pour aider sérieusement ceux qui se lanceraient
dans une activité prospective mais dont les résultats ne seront pas attendus
avant plusieurs années.
Ces deux démarches ne sont pas contradictoires, encore ne
faudrait-il pas que, dans l’urgence, le productivisme à tout crin ne l’emporte à nouveau et ne laisse aucune place aux projets de
diversification visant la montée en gamme… et le maintien des exploitations
familiales qui ne pourront plus suivre la course à la productivité
industrielle.
A suivre avec attention....
A suivre avec attention....
dimanche 17 novembre 2013
Le Baron des Cévennes: une initiative prospective à suivre avec intéret
Portée par l’agence de développement Alès Myriapolis, la CCI d’Alès et le Conseil Général du Gard, la filière d’excellence « porc de plein air » vient de naître sous le doux nom de « Baron des Cévennes ».
Pour + info, aller sur le site:
http://www.laudaceencevennes.com/filiere-porc-dexcellence-baron-cevennes-lance/
Pour + info, aller sur le site:
http://www.laudaceencevennes.com/filiere-porc-dexcellence-baron-cevennes-lance/
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